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INTRODUCTION

Page de couverture

Plantons le décor!

L'essentiel de cette page consiste en un résumé du livre magnifique de Katrien Vervaele.

Il n'est pas traduit en français. Il retrace avec tendresse l'aventure et la misère de plusieurs générations de pêcheurs soumis à des conditions de vie réellement inhumaines. Ce livre est aussi très richement illustré.

Pour que nos assiettes connaissent la couleur de la morue (nom donné aux filets de cabillaud conservés dans le sel) et pour le plus grand profit des armateurs.

Pierre Loti nous en parle avec le romantisme et le sens de la grandeur de l'homme qui le caractérise. Si son livre "Pêcheurs d'Islande" vaut bien sûr le détour et retrace bien l'angoisse des familles restées à terre, l'image des surhommes pleins de santé, heureux d'affronter les éléments...y est quelque peu idéalisée.

Ici, nous revenons les pieds sur terre pour partager l'espace de quelques soirées de lecture le quotidien de ceux qui de père en fils ont affronté la mer, le froid, la maladie, la peur, la solitude...

Qu'est ce qui poussait ces marins vers ce bagne glacé? La parole donnée lors d'une beuverie? la monotonie de la vie sur la terre-ferme? la recherche de l'exploit? l'esprit de camaraderie à bord? ... Des témoignages et interview il s'avère qu'il s'agissait simplement de leur gagne pain et qu'ils n'en connaissaient pas d'autres!

Et au coeur de la tempête, les pires des mécréants trouvaient le chemin de Dieu et de ses Saints (et surtout Saintes). Ils promettaient prières, dévotions, participation à des cortèges religieux etc... et se faisaient un point d'honneur à respecter leurs parole.

Sans médecin à bord, les croyances populaires, fétiches et remèdes de bonnes femmes avaient la cote également.

Ce sont là les symptômes d'une angoisse vécue au quotidien. Et cela pour un salaire non garanti!

Les premiers

L'intérêt de nos pêcheurs pour les eaux froides et poissoneuses des mers d'Islande ne date pas d'hier.

Les Vikings s'approvisionnaient en Cabillaud qu'ils conservaient sèché, pour continuer leur route vers le Canada

Au 14ème S : les Bretons pouvaient pousser jusqu'au Canada également tandis que les Anglais et les Allemands pêchaient en mer d'Islande.

En 1616 un armateur français envoyait ses bateaux dans les riches eaux du Nord.

En 1662 Louis XIV oriente Dunkerke vers la pêche au cabillaud.

Au 18ème S : 80 bateaux sont armés pour la pêche dans les froides mers d'Islande

Au 19ème S : la flotille atteint 120 bateaux

Mais Dunkerke, bien que principal port d'"Islandais" n'a pas le monopole. Ostende, entre 1840 et 1860 met 1.800.000 kilos de poisson par an sur le marché.


Les voiliers

Rencontre et contact - Extrait du livre de K. Vervaele

S'embarquer

S'embarquer pour six mois sur ces voiliers ne s'improvise pas.

Un premier contact à Dunkerke (à pied avant 1870, par le train depuis Furnes après 1870) avait lieu en décembre. Une poignée de main scellait un accord verbal, autour de quelques verres d'alcool. Nos marins Belges avaient la réputation de tenir leurs engagements.

En janvier ou février nouveau déplacement à Dunkerke, l'épouse accompagnait généralement. C'est qu'à la signature du contrat un accompte était versé. Toute la famille, femme, enfants et aieuls vivraient sur cet argent pendant tout l'été. Bon, il y avait aussi le petit potager, quelques petits travaux possibles... mais généralement, la misère règnait en maître. Madame se devait donc de surveiller l'accompte et de limiter les tournées de bistro.

Avant le départ il était aussi prévu de mettre Dieu de son côté. A chaque plage son Saint, son église: "Baaltje" (Sint Idesbald) à Coxyde, Sint Pieters kerk à La Panne.

Le départ avait lieu début mars.

Le navire était chargé en sel (pour la conservation des filets de cabillaud en tonneaux), eau potable, pommes de terre, oignons, bière (1,5 litre par homme et par jour) et alcool à 45° (25cl par homme par jour!) Nos diétéciens actuels ne conseilleraient certainement pas un tel régime!

Après quelques "derniers verres" dans les bistrots de Dunkerke, après des adieux déchirants aux familles, munis d'une réserve de biscuits et d'un équipement vestimentaire de rechange, les hommes embarquent.

Direction l'Islande.

Par vent du Nord persistant, ils contournent l'Angleterre par l'ouest mais cela ralonge le trajet. Généralement ils prennent au plus court par l'est de l'Angleterre et au nord de l'Ecosse se faufilent entre les îles Orkneys et Shetland : " 't Groot Gat" (le grand trou) Passage périlleuxoù ils affrontent inévitablement froid et tempêtes. Ils sont là à mi-chemin.

Arrivés en mer d'Islande, ils pêchent


Jouet des vagues - Extrait du livre de K. Vervaele

La pêche

A la ligne, de longues lignes de 72 mêtres, parfois deux misent bout à bout. Il pêchent tant qu'ils y voient clair et nous sommes au pays du soleil de minuit! Autour du 21 juin, ils pêchent, en deux équipent, 24 heures sur 24.

La manoeuvre est précise : les lignes sont toutes du même côté et le bateau ne peut ni avancer ni reculer (les lignes ne peuvent s'emmêler ) et doit dériver doucement latéralement pour écarter les lignes de la coque (si elles passaient sous le bateau elles se casseraient lors de la remontée du poisson)

Un homme peut remonter 30 à 100 cabillauds par jour! à chacun il prélève le morceau de chair sous la machoire. Conservés à part, ils serviront au comptage. Chacun mettait un point d'honneur à pêcher le maximum de bêtes.

Le poisson amené à bord, il faut le saigner, enlever ses viscères, couper la tête et enlever les arrêtes. Bien rincé, il est entreposé dans des tonneaux avec du sel. Quelques jours plus tard il sera encore rincé avant de trouver sa place dans le sel d'un tonneau qui sera hermétiquement fermé. Le cabillaud est devenu morue.

Le foie fournira l'huile de foie de morue qui a laissé des souvenirs impérissables aux enfants de ma génération (essayer d'en avaler une pleine cuillère à soupe ... tous les jours! excellent fortifiant )

Les estomacs seront farci de pommes de terre et d'oignons pour améliorer le quotidien.

Les têtes seront consommées par les marins.

Les joues et les machoires, ainsi que les poissons pêchés qui ne sont pas des cabillauds seront conservés dans des tonneaux séparés et partagés au retour entre les membres de l'équipage. Certains seront aussi consommés sur place.

Les viscères servent d'appât ou sont rejetées à la mer.

La fin de l'été ou la rupture de stock de sel met le voilier sur le chemin du retour.


Le quotidien

L'odeur... le poisson, les vêtements portés jour et nuit, l'alcool, la cuisson des repas... dans un espace des plus réduits... Bon, disons qu'on peut s'habituer, comme on s'habitue au froid, je suppose.

La solitude, 6 mois sans contact avec sa famille... quelque rare missive pouvait parvenir au bateau ...

A terre la dite famille n'est pas mieux lotie. Elle doit survivre et chaque année réclame son tribut d'hommes qui succombent aux naufrages, à la maladie, la malnutrition, les accidents (une blessure s'infecte facilement dans ces conditions de vie ) l'épuisement ou ... le suicide. Mutuelles et securité sociale ne sont pas encore entrés dans le vocabulaire, les familles orphelines sont sans ressource.

Au musée de la pêche, à Oostduinkerke, un jardin intérieur nous invite à méditer sur les 129 noms des pêcheurs flamands engloutis dans les eaux froides ou inhumés en terre d'Islande.

Les tempêtes sont terrifiantes, un voilier n'est pas bien armé pour manoeuvrer dans ces conditions extrêmes. souvent il peut juste essayer de se maintenir nez face aux vagues. Il sera balloté par les flots comme un vulgaire tonneau. Se rapprocher des côtes fait courrir le risque de se briser sur les rochers ou de s'échouer.

Pour lutter contre l'angoisse, tout est bon, de la prière aux fétiches en passant par les chants hurlés contre les vents de tempête.

Contre la maladie, tous les remèdes sont bons à prendre, et certains pratiquent efficacement d'après les témoignages qui nous sont parvenus, une sorte d'exhorsisme pour chasser les infections et maladies.

Une éclaircie dans ce sombre tableau: à mi saison, il faut descendre à terre pour se ravitailler en eau potable sur les côtes d'Islande. Les marins peuvent y pratiquer le troc: leur eau de vie ou leurs biscuits contre mouffles, bonnets, pull...

Et inattendu mais néanmoins très réel, le malaise causé par la lumière. Jamais de nuit noire, un jour pâle de 24 heures... je n'ai jamais vécu cela, il me semble qu'il suffit de fermer les yeux mais je veux bien croire les témoins, la lumière peut devenir une torture!

L'information

Si les journaux français publient de rares informations (souvent déformées, amplifiées... ) sur les naufrages, les famillles belges doivent généralement attendre le retour de leur homme pour le savoir vivant.

Aux environs de 1880, deux pasteurs se sont succédés à l'église de Coxyde : Petrus Foqueur et Cesar Lootens. Ils étaient abonnés à un journal français et se rendaient aussi régulièrement à Dunkerke pour glaner les nouvelles et informer les familles en cas de malheur. Ils n'ont pas dévoilé leurs sources à leurs ouailles et Cesar s'est forgé une solide réputation de devin!

Les vapeurs

Les pionniers

En 1884 l'armateur Louis Dossaer fait entrer un bateau de pêche à vapeur dans le port d'Ostende. Il est baptisé O.71 Prima. Il a été commandé en Ecosse et a coûté 4 fois plus cher qu'un voilier. Il est en bois, les suivants seront en métal. L'avenir est en marche!

L'investissement énorme est rapidement rentabilisé : outre le fait qu'il voyage sans vent, il permet la pêche au filet... et ce ne sont pas ses seuls atouts, il va révolutionner la pêche. L'année suivante déjà la flotille "vapeur" compte 7 bateaux, à la coque de métal cette fois.

Cette concurence est rude mais les voiliers résistent. Le salaire cependant devient misérable. Une grève n'y changera rien. Louis Dossaer la cassera en permettant aux bateau anglais de décharger leur pêche dans nos ports. Ce qui provoque une véritable émeute, avec morts et blessés. Le bureau de l'armateur sera détruit. Ce sera une des raisons pour remettre sa flotte à un certain Jules Baels, père de Hendricks... lui même père de la princesse Lilianne, deuxième épouse de Léopold III... (c'était une parenthèse)

L'avenir est en marche.

En 1898 le " O.20 Alphonse " est construit à Brugge.

En 1900, 26 "vapeurs" sont enregistrés à Ostende.

Les voiliers doivent renoncer aux mers lointaines au profit de ces "brûleurs de charbon"

Les quantités pêchées sont immenses et provoquent la première crise de surpêche en 1888 ! Les pêheurs réagissent en écumant de nouvelles mer (Irlande, Ecosse et toujours vers l'Islande bien sûr)

Embarquement

Ces bâtiments sont énormes : le plus grand, O.85 Marie-Christine, 61 m de long pour 9,76 m de large

Pour le départ, prévoir:

La chaudière fonctionnait 24h/24h pour fournir la vapeur sous pression la plus constante possible. Imaginez ces hommes chargeant la chaudière dans une chaleur étouffante, 12 heures par jour.

La gestion de la glace n'était guère plus confortable. Embarquée en sac, elle se manipule à la pelle les premiers jours mais bietôt, elle commence à fondre et se fige en un bloc compact qu'il faut casser à la masse. Un petit jeune s'y collait. Scéances de musculation payées par le patron! Il fallait aussi gérer les épaisseurs de glaces entre les couches de poisson: trop de glace, c'est gaspi, on risque la rupture de stock et la perte de temps pour se réaprovisionner dans le port le plus proche, trop peu de glace et le poisson arrive à terre avarié!

La conservation dans la glace (dès 1884) présente plusieurs avantages sur la conservation dans le sel. Le poisson arrive frais et se prête ainsi à toutes les utilisations culinaires possibles. Il ne faut plus lever les filets, il suffit de fendre la peau du ventre et de retirer les entrailles. Le foie est toujours prélevé pour la production d'huile (sur le bateau). La glace était récoltée au coeur de l'hiver et gardée dans des glacières avant d'être chargée sur les bateaux. Plus tard, certains se sont spécialisés dans le transport de glace venant de Norvège. A partir de 1888 on a pu fabriquer de la glace.

Autre avantage de la modernité: les marins ne sont plus isolés, la radio permet le contact avec la terre, en morse avant la guerre 40-45 , en clair par la suite. Les messages personnels étaient limités aux urgences et aux fêtes (on ne parle pas encore de gsm ou de face book hein!) Mais on pouvait prendre les prévisions météos et on devait fournir au port d'attache sa position et les quantités pêchées.

Un voyage pourvait durer jusqu'à trois semaines. Au retour il déchargeait jusqu'à 250 tonnes de poisson.

A SUIVRE

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